Chefchaouen n’est pas posée sur la montagne : elle est dedans, dans un repli du Rif occidental, serrée entre deux pics qui lui ont donné son nom — l’étymologie amazighe la plus citée dit « regarde les cornes ». La vieille ville est piétonne, et bâtie sur une pente. Ces deux faits décident du reste, à commencer par le plus ingrat : ici, ce qui est difficile, c’est d’arriver, pas de conduire.
L’altitude, elle, ne se laisse pas fixer : la vieille ville s’étage un peu au-dessus de 600 mètres, mais deux relevés du même versant donnent 612 et 667 mètres, trop écartés pour qu’on publie un chiffre unique. Personne n’en a besoin — les ruelles sont des marches ou des rampes raides. La voiture a donc deux visages : un fardeau dans la ville, où rien ne roule, et la raison de la moitié du voyage, la couronne que le bus n’atteint pas.
Monter : quatre approches, aucune interchangeable
| Départ | Itinéraire | Distance | Durée |
|---|---|---|---|
| Tanger | la N2, via Tétouan | ~115 km | 2 h à 2 h 30 |
| Tétouan | la N2 | ~60 km | 1 h à 1 h 15 |
| Fès | via Ouezzane | ~195 km | 3 h 30 à 4 h |
| Rabat | l’A1 jusqu’à Kénitra, puis la N13 depuis Ouezzane | ~250 km | 4 h à 4 h 30 |
Deux avertissements. Les kilomètres sont approximatifs, et les durées supposent une route dégagée et zéro arrêt. Aucun calculateur d’itinéraire n’a été utilisé : l’outil grand public essayé sur le nord du Maroc annonçait Rabat–Kénitra à 181 km pour une trentaine de kilomètres à vol d’oiseau. D’où les « ~ » et les fourchettes — pour Rabat, les relevés vont de 244 à 270 km quand des guides annoncent 200 à 215 km.
Tanger est l’approche la plus roulante : quatre voies jusqu’à Tétouan, une heure environ. Une fois Tétouan dépassée, la N2 se réduit à deux voies et attaque la montagne.
Tétouan : 60 km, la plus rapide de toutes, et celle qu’on choisit quand on vient du nord.
Fès est la longue montée : on abandonne la plaine pour de bon, et la dernière heure se fait en lacets. Plusieurs itinéraires publiés font passer la route par Taounate ; rien ne l’établit. La N13, qui est bien une route de Chefchaouen, descend d’Ouezzane par le sud-ouest sans approcher Taounate — c’est par Ouezzane qu’on passe.
Rabat : l’A1, payante, puis gratuite après Kénitra ; le trajet le plus long, et le seul qui traverse une plaine avant de monter.
Les trente dernières minutes se ressemblent : la route abandonne la vallée et grimpe, puis la ville surgit d’un coup, blottie dans son creux, ses deux cornes au-dessus. En venant d’Ouezzane, regardez en arrière avant que la route ne bascule : la plaine du Gharb se déroule sur 50 km quand l’air est clair. Une déviation signalée permet aussi de contourner la ville sans y entrer.
Pour lire une carte, deux numéros seulement sont établis : la N2 — Tanger, Tétouan, Chefchaouen, puis le sud vers Bab Taza — et la N13 — Ouezzane, Chefchaouen, puis Jorf El Melha. Pour l’axe de Fès, l’étape Kénitra–Ouezzane, la desserte d’Akchour et la déviation, aucun numéro n’est établi.
Se garer : deux portes, puis tout se fait à pied
Deux parkings, et deux seulement : Bab El Ain, en haut de la ville du côté de la kasbah, et Bab Souk, en bas près du marché. Ils sont à l’opposé l’un de l’autre, et le choix ne se rattrape pas : écrivez à votre hébergement avant d’arriver pour savoir de quelle porte vous serez le plus proche. Une erreur de porte, et ce sont vingt minutes d’escaliers, les sacs à la main.
Aucun des deux ne ressemble à un parking d’Europe du Nord : une bande de bitume, une cour murée ou un terrain plat, et un gardien, réglé en espèces : quelques dizaines de dirhams. Comptez 10 à 20 MAD la nuit — un des deux lots tombe plutôt autour de 20 MAD par 24 heures. Prenez le ticket s’il en existe un, photographiez la voiture, ne laissez rien de visible dedans, et ne remettez les clés à personne qui propose de la déplacer pour vous.
Reste le bagage : au-delà de cent mètres de ruelles, une valise à roulettes ne sert plus à rien ; un sac souple vaut mieux, et beaucoup de petits hébergements ont un chariot. La voiture, elle, doit convenir à deux terrains — la ville et les routes de montagne. Une petite compacte ou une petite berline fait les deux ; un véhicule encombrant est un handicap, entre rues d’accès étroites, stationnement compté et manœuvres qui ne passent qu’avec une petite voiture.
La médina, à l’heure où elle se vide
Outa el Hammam est le centre de gravité : tout part de cette place, bordée par la kasbah d’un côté et par la Grande Mosquée — minaret compris — de l’autre, avec les cafés sur le pourtour et une fontaine au milieu. C’est là que la ville mange, deux fois par jour.
La kasbah est l’enceinte du fondateur, élevée au XVe siècle : un jardinet à l’andalouse, une collection ethnographique, une tour accessible qui donne sur les toits. Le ticket se prend à l’entrée, et c’est au guichet que le prix se lit.
L’origine du bleu n’est pas établie. On vous expliquera qu’elle remonte aux réfugiés juifs chassés d’Espagne au XVe siècle ; d’autres la datent des années 1930 ; d’autres y voient un répulsif contre les insectes, ou un argument pour les visiteurs. Aucune de ces versions ne s’impose, et aucune source ne date la peinture : méfiez-vous du guide qui ouvre par « depuis le XVe siècle ».
La lumière décide de vos horaires plus que l’inverse. C’est en plein après-midi, soleil à la verticale, que le bleu rend le mieux : la peinture redevient une matière, avec ses reprises et ses nuances. Les ruelles, profondes et ombragées, donnent en milieu de matinée ce qu’on vient chercher — les murs prennent leur couleur, les portes restent noires, une lame de soleil barre le pavé. En début et en fin de journée, la clarté s’adoucit sur les toits, et le bleu vire au gris.
Deux moments vident les ruelles, et tous les deux servent. Entre 13 h et 15 h, les commerces baissent le rideau : le meilleur moment pour les vues d’ensemble, le pire pour un achat. Le vendredi, la prière de midi ferme tout, et la médina reste aux habitants une bonne partie de l’après-midi. Une ruelle bleue déserte avec de la lumière : c’est maintenant ; des boutiques ouvertes : c’est à un autre moment.
Ras El Maa, la crête, et le coucher
Ras El Maa est la source, tout en haut de la vieille ville : l’eau jaillit de la paroi et dévale dans les ruelles. Ni monument ni attraction, mais un lieu de travail — une petite cascade, un pont, et du linge qu’on lave encore au bord de l’eau. Remontez la ruelle qui grimpe derrière la place, jusqu’à ce que le monde se raréfie.
Au-dessus de la source, la crête porte un seul bâtiment : Jemma Bouzafar, que les non-Marocains appellent la Mosquée Espagnole. Deux points de vue s’offrent sur la ville, et ils ne se valent pas : la tour de la kasbah coûte un ticket et ne montre que la place et les toits qui la bordent ; la crête, gratuite, donne la ville d’un seul regard. Si vous ne montez qu’une fois, montez à la seconde.
La marche est courte mais elle monte : 1 km depuis la place, 1,6 km si vous partez de la source, 20 à 30 minutes à allure normale. On n’y va pas en voiture.
Quittez la place une heure avant que le soleil ne disparaisse ; à la mi-septembre, il se couche vers 19 h 25. Un détail que personne ne vous rappellera : le 20 septembre 2026, à 02 h 00 du matin, le Maroc bascule à UTC+0, dans la nuit, après une année passée sur UTC+1 hors Ramadan — la mi-février et la fin mars se sont faites à UTC+0. Le coucher tombe alors vers 18 h 20, soit une heure avant l’horaire qu’annoncent les guides imprimés.
La descente, elle, se paie à la torche : aucun éclairage, et un sentier de cailloux instables. Le panorama justifie l’aller-retour — toute la ville, le bleu délavé par le soleil rasant, les deux pics noirs au-dessus, un Rif qui vire au gris-bleu en s’éloignant. En saison, on y compte une cinquantaine de personnes ; cinq minutes plus loin sur la ligne de crête, on trouve un rocher pour soi.
Autour de la ville : Akchour, Talassemtane, Oued Laou
Akchour est à 28–30 km, environ 45 minutes par une sinueuse route de montagne, signalée Route d’Akchour — sans numéro publié. Les deux marches qui en partent ne font pas la même longueur : 1 h 30 à 2 h par sens pour le Pont de Dieu, une voûte de pierre naturelle au-dessus de l’eau, et 2 h à 2 h 30 par sens pour la Grande Cascade, plus loin. Le temps dépend de vos arrêts.
Sans voiture, Akchour reste atteignable, à conditions. Aucun bus n’y va : les grands taxis partent d’une station avenue Maghreb Arabi, près de la gare routière, à 25–30 MAD la place, et le véhicule part complet comme il revient complet. Le défaut tombe toujours au mauvais moment — l’après-midi où personne d’autre ne rentre. Le week-end, une bonne part du nord du Maroc s’y retrouve : partez tôt, et en chaussures fermées plutôt qu’en sandales, la pierre est instable et le rocher mouillé.
Le parc national de Talassemtane date d’octobre 2004 : 58 950 hectares du Rif central, pour une raison principale, le sapin du Maroc, Abies maroccana, qu’on ne trouve pratiquement que là. Passé un certain point, il n’y a plus de route : c’est là que le parc commence, et là que la voiture change quelque chose — elle vous laisse choisir où vous partez marcher, au lieu de partir d’où le taxi vous dépose. L’écomusée du parc, rue Bouhanane, donne le contexte.
Oued Laou est l’autre direction : une cinquantaine de kilomètres, une heure de descente dans la même vallée jusqu’à la Méditerranée — un port de pêche, une plage, du poisson grillé, et le retour à faire avant la nuit. Entre les deux, les villages : c’est là que la voiture ouvre un terrain que le bus ne dessert pas, et la coopérative féminine de Talassemtane y vend des étoffes tissées dans les hameaux du parc.
Conduire dans le Rif : ce qui change par rapport à la plaine
Les routes de montagne du Rif sont praticables ; elles demandent de l’attention en continu. Les lacets — la N2 vers Bab Taza au sud, la route d’Akchour — se prennent sur de longues portions en seconde, et les virages aveugles sont la norme. Une habitude locale à connaître : on prend large et on coupe la corde. Attendez-vous à croiser quelqu’un sur votre voie, dans un virage que vous ne voyez pas.
Les nuages s’accrochent au Rif : de l’automne au printemps, la route peut se retrouver noyée dans un brouillard si dense que les voitures roulent au pas. Allumez vos feux, et fiez-vous à la ligne blanche plutôt qu’à votre instinct.
Côté revêtement, la hiérarchie est claire : la N2 et la N13 sont larges et en bon état, tandis que les routes provinciales, celles qui portent les numéros RP et RR, varient beaucoup — du bitume correct, puis du bitume dont le bord s’effondre, puis plus rien. Si le revêtement s’arrête, votre trajet s’arrête aussi, sauf en 4x4 et s’il vous reste du jour.
La nuit, n’y comptez pas. Hors des villes, pas d’éclairage, aucune protection côté ravin, et une route partagée avec tout autre chose que des voitures : mobylettes sans feu, ânes, gens habillés de sombre. En hiver, la neige peut fermer les cols qui dominent la ville, à commencer par la N2 vers Bab Taza. Arrivez de jour. Sur la N2 comme sur la N13, les contrôles radar sont nombreux, et l’amende se règle sur place, en espèces.
Carburant, argent, artisanat : à régler avant de partir
L’essence coûtait environ 14,95 MAD le litre et le gasoil 15,04 MAD à la mi-septembre 2026 — deux chiffres relevés le 14 septembre, donc avant la hausse du 16 (+0,34 pour le gasoil, +0,27 pour l’essence) : ce ne sont pas les prix du jour. Fait moins évident : le gasoil, qui coûtait déjà plus cher que l’essence, a encore creusé l’écart, alors que l’ordre a longtemps été inverse au Maroc. Rappel utile : « gasoil » veut dire diesel, et verser de l’essence dans un diesel termine le voyage. Remplissez le réservoir avant de quitter la ville pour Akchour ou pour le parc : sur ces routes, il n’y a rien de fiable, et les stations rurales ouvrent peu, souvent en espèces uniquement.
L’argent. Du liquide pour les gardiens de parking, les petits cafés, le carburant rural et les coopératives. On ne trouve des distributeurs qu’en ville basse ; il n’y en a aucun dans la médina. Téléchargez les cartes hors ligne avant de quitter la ville.
L’artisanat. Beaucoup de ce qui se vend dans la médina vient d’ailleurs. L’huile d’argan, d’abord : l’arganier appartient au Souss, très loin au sud-ouest, et rien n’en pousse dans le Rif — les flacons vendus ici sont arrivés par la route. Pas mauvais, pas d’ici. La laine, en revanche, est ce que la ville et ses villages produisent vraiment : couvertures lourdes et tapis rayés aux motifs jebala, tissés autour du parc et vendus en coopérative, dont celle des femmes de Talassemtane. Achetez auprès des coopératives plutôt que dans les boutiques de la place : l’argent revient au village qui a fabriqué l’objet, à meilleur prix en général.
Sans voiture, Chefchaouen tient dans une demi-journée : les ruelles, un coucher de soleil au-dessus des toits, et le bus qui repart. Avec une voiture, le même endroit change de fonction — on y dort, on en part, on y revient — et la journée s’organise autour d’elle : la rivière d’Akchour d’un côté, la Méditerranée de l’autre, la crête entre les deux à l’heure où la lumière tombe. IVVER liste des voitures de loueurs professionnels, pour que la question du véhicule soit réglée avant celle de l’itinéraire.
Photographies : la médina vue d’un point haut, sous licence CC BY 3.0, par Alexey Komarov ; le ruisseau de Ras El Maa, sous licence CC BY 2.0, par YoTuT from United States. Les trois autres n’exigent aucun crédit : la ruelle aux tapis par Doalex, CC0 ; la place Outa el Hammam par Carlos ZGZ from Paris, France, CC0 ; la Mosquée Espagnole par Emilien Lebourgeois, domaine public. Le registre complet des crédits, avec le titre de l’œuvre et la page source de chaque image : /blog-media/CREDITS.md.