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Merzouga sans voiture, c'est renoncer à la moitié du voyage

Rejoindre les dunes de l'Erg Chebbi depuis Marrakech, Fès ou Errachidia, pourquoi presque tout ce qui les entoure se rejoint en voiture, et ce qu'il faut savoir avant de se garer au bord du sable.

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Depuis une crête de l'erg Chebbi, le soleil posé sur l'horizon d'une plaine sous un ciel très nuageux, les campements alignés au fond

Deux villages se partagent la lisière du sable, à cinq kilomètres l’un de l’autre, et un seul porte le nom que tout le monde connaît. Merzouga aligne une rue principale — agences, cafés, maisons d’hôtes — bordée de stationnements en bord de chaussée et de quelques terrains clos. Hassi Labied, plus au nord, répète la même chose en plus petit. C’est pourtant là que sont installés les bureaux des camps, et là que le bitume s’approche au plus près des dunes.

Derrière les deux villages s’étend un erg de 28 km, Chebbi, et c’est lui qu’on vient voir. Le reste — absolument tout le reste — se disperse entre 8 et 60 km, et n’apparaît sur aucune ligne de bus. La voiture ne fait donc pas gagner du temps ici : elle décide si l’on sort du village.

Une arête de dune orangée emplissant le cadre, quelques touffes vertes accrochées au flanc gauche, des traces de pas dans le sable en bas à droite
Rien d'autre à photographier que le sable : une arête, un ciel pâle, quelques touffes et des traces de pas.

Choisir ses dates : l’été se paie, la pluie se subit

L’été, Merzouga se vide. Quarante à quarante-cinq degrés l’après-midi, un sable qui chauffe plus que l’air, une voiture laissée au soleil qui devient un four. Les camps cassent leurs prix en juillet et en août et affichent des tentes à moitié inoccupées : ce n’est pas une aubaine, c’est un constat.

Le confort tient dans quatre mois — octobre, novembre, mars, avril — avec 25 à 30 °C en journée et des nuits qui réclament une couche de plus. L’hiver n’est pas à écarter : décembre et janvier offrent des journées claires autour de 18 °C, mais des nuits franchement froides, car on est un peu sous les 800 m et le désert ne garde rien de la chaleur du jour. Au printemps et en fin d’hiver, le chergui — un vent d’est brûlant — peut effacer l’horizon pendant plusieurs jours.

Avant de consulter le thermomètre, regardez le ciel : c’est la pluie qui décide, et la route de Rissani trinque la première. Une averse suffit à compliquer sérieusement la journée.

Un détail de calendrier mérite votre attention si vous partez cet automne. Le 20 septembre 2026, à 02 h 00 du matin, le Maroc bascule à UTC+0 ; la bascule se fait dans la nuit, et il n’y en aura plus d’autre ensuite. Hors Ramadan — qui tombait cette année-là entre la mi-février et la fin mars — le pays vivait sur UTC+1 toute l’année. Concrètement, le 19 : lever à 07 h 00, coucher à 19 h 22. Le lendemain : 06 h 03 et 18 h 16. Pour situer les autres saisons, fin octobre 06 h 26 / 17 h 34, fin décembre 07 h 12 / 17 h 20, juin 05 h 12 / 19 h 21.

Quatre façons d’arriver

Par Marrakech. Environ 570 km, neuf heures de conduite cumulée, à répartir sur deux journées. La N9 grimpe d’abord au Tizi n’Tichka — le panneau annonce 2 260 m, un relevé GPS de 2022 donne environ 2 205 m — puis redescend sur Ouarzazate, 200 km plus loin en quatre heures. Le lendemain, la N10 file vers l’est en enchaînant Skoura, Kelaat M’Gouna, Tinghir et Tinejdad ; la N13 prend alors le relais vers le sud, Erfoud puis Rissani.

Par Ouarzazate. C’est l’étape de la veille, et une porte à part entière : 370 km, cinq heures, N10 puis N13. Si la route a été coupée en deux, la seconde journée se réduit à une demi-journée de volant.

Par Fès. La N13 traverse tout le Moyen Atlas — Azrou et sa cédraie, Midelt, Errachidia — avant de plonger dans la vallée du Ziz. Comptez 470 km et 7 h 30, avec une réserve : un découpage plus détaillé de ce trajet monterait jusqu’à 530 km, l’écart se jouant entre Midelt et Fès, où une source annonce 260 km là où une autre en compte 206. Ce point n’est pas tranché, et nous préférons vous le signaler plutôt que de choisir à votre place.

Par Errachidia. Entre l’aéroport Moulay Ali Cherif (ERH) et les dunes, comptez 130 km et deux heures de N13, par Erfoud puis Rissani. Le terminal abrite des comptoirs de location. La vraie contrainte est ailleurs : le Casablanca-Errachidia ne part que trois à cinq fois par semaine et dure 70 minutes. Un jour sans vol est un jour sans arrivée.

La suite est rassurante : ces quatre itinéraires sont goudronnés de bout en bout, et une petite berline les avale sans peine. La voiture ne devient un sujet qu’après le dernier village.

Un ksar de pisé aux toits plats serré autour de son minaret, entouré de palmiers, avec des cultures en contrebas
Le ksar et sa palmeraie, dans le Ziz. Le cliché a été pris à Ouled Chaker, à 120 km environ de Merzouga : ce paysage appartient à la route, pas à l'erg.

Sortir du village : la couronne

Rien de ce qui entoure Merzouga ne se rejoint à pied, à une exception près, signalée plus bas.

Khamlia est à huit kilomètres au sud : un village gnaoua, peuplé de descendants d’Afrique subsaharienne, où l’on donne des concerts chez l’habitant à la nuit tombée. Aucun bus ne fera le chemin du retour.

Sur la route de Rissani, deux à quatre kilomètres après Hassi Labied, s’ouvre Dayet Srji : une cuvette qui vit au rythme des années — flamants roses si l’hiver a été humide, boue craquelée s’il ne l’a pas été. Voilà l’exception annoncée : à cette distance, le lac se fait à pied, et il serait malhonnête de vous le vendre comme une raison de louer une voiture.

À trente-cinq kilomètres à l’ouest, Rissani abrite le plus grand marché de la région : il s’y tient trois fois par semaine, bestiaux compris. À cinq kilomètres de là s’élèvent les ruines de Sijilmasa, point de départ septentrional de la route de l’or qui descendait vers Tombouctou. Sur la route entre Rissani et Erfoud, des ateliers taillent des fossiles arrachés à un fond marin daté de l’Ordovicien et du Dévonien : orthocères et trilobites.

M’Fis, à 35-40 km au sud, est un village minier à l’abandon ; Tissardmine occupe la bordure méridionale. Chacun mérite une demi-journée, et ni l’un ni l’autre n’est relié au goudron passé l’embranchement.

Un grand taxi acceptera de vous déposer à Khamlia ou à Rissani, à une condition : que vous régliez également son retour et son attente.

Où la voiture s’arrête

Ce n’est pas une affaire de transmission. Ce qui compte ici, c’est la hauteur sous le carter, et une berline diesel 1,5 L s’en sort très bien.

Tout dépend ensuite de l’écart entre votre tente et le goudron. À Hassi Labied, certains camps ont le bitume jusqu’à leur portail. Entre les dunes, à trois ou dix kilomètres, aucune voiture à deux roues motrices n’arrive ; quelques camps viennent alors chercher leurs hôtes eux-mêmes. Les pistes damées qui mènent vers Khamlia ou vers la bordure ouest passent en berline tant que le sol est sec — qu’un oued sablonneux se gorge de pluie, et plus rien ne passe. La moitié sud du pays, M’Fis et Tissardmine, exige un 4x4 ; sa location se fait à Marrakech ou à Fès ; à Errachidia, le parc est squelettique et rempli de berlines.

Et une règle qui ne souffre pas d’exception : un 4x4 ne vous donne pas le droit de rouler sur les dunes. Aucune voiture de location ne doit poser ses roues dans le sable : une berline s’y enfouit jusqu’au châssis en quelques mètres, un 4x4 progresse davantage avant de s’enliser plus profondément, et le dégagement se règle en espèces.

La nuit dans le sable

Tout le reste de ce guide se rattrape sur place. Le camp, non.

À l’entrée du village, des hommes proposent un parking, un guide, le « meilleur camp ». Dans ce contexte, le tri n’a rien d’évident. Décidez avant d’arriver ; sur place, contentez-vous de prendre le ticket de parking, de le photographier, de ne rien laisser de visible et de garder vos clés sur vous.

Quand on dort dans le sable, la voiture dort avec le camp : terrain mis à disposition, ou accord passé avec un gardien, dans les deux cas inclus au tarif. Faute de camp, un parking surveillé se paie 20 à 40 MAD pour la nuit.

Deux moyens de gagner les tentes : quinze à vingt minutes en 4x4, ou une heure à une heure trente à dos de chameau, en file indienne derrière un guide. L’ordre peut s’inverser d’un camp à l’autre — chameau à la montée, véhicule à la descente — et certains tranchent seulement le jour même.

Le tarif commence à 300 MAD par personne et grimpe jusqu’à 1 500 MAD — transfert dans les deux sens, dîner, petit-déjeuner, thé à l’arrivée et literie compris. Toute la différence entre le bas et le haut de la fourchette tient à la tente : partagée avec sanitaires communs d’un côté, privée avec un vrai lit et une douche chaude de l’autre.

Cinq points à clarifier avant de payer :

  • le transfert dans les deux sens, et le supplément que certains camps facturent sur le véhicule du retour ;
  • le moment où l’on quitte le camp — 05 h 30 ou 09 h 00 — qui ne fait pas la même nuit ;
  • ce que les repas comprennent vraiment, l’eau et les boissons restant en général à votre charge ;
  • la balade à chameau, incluse dans le prix ou facturée à part ;
  • la manière de solder la note : un acompte en ligne, le reste en liquide à l’arrivée.

Deux détails pour finir. Dans l’erg, le réseau va de l’intermittent à l’absent. Et laissez la valise dans le coffre : pour le camp, un sac souple suffit.

Sous un ciel blanc, des tentes nomades — dont une à l'ouverture frangée de jaune — plantées au pied des dunes, et un homme vêtu de bleu allongé sur le flanc au premier plan
Des tentes au pied des dunes, sous un ciel sans couleur, et un homme allongé sur le flanc dans le sable. Ici, le téléphone ne capte qu'irrégulièrement.

Le matin, le soir

Une journée de dunes a deux temps forts, et le plus beau n’est pas celui qu’on imagine.

L’aube demande un effort : sortir du camp à l’aveugle et marcher vingt à trente minutes jusqu’à l’arête la plus proche. C’est ce déplacement qui fait la différence. Le coucher, lui, ne demande aucun effort — et c’est précisément le problème : les 4x4 prennent tous la même direction au même moment, et la foule débarque avec la lumière.

Une caravane de chameaux en ombres chinoises sur une crête, un soleil bas juste devant
Une caravane en ombres chinoises, un soleil qui touche l'horizon. La silhouette ne dit rien d'autre que la lumière.

Le budget, en dirhams

Le litre de carburant frôle les 15 MAD, gasoil comme essence, et les péages n’existent pas sur ce trajet : ni la N9, ni la N10, ni la N13 ne croisent une autoroute avant les dunes.

L’aller-retour depuis Marrakech, augmenté des trajets sur place, totalise 1 300 à 1 400 kilomètres. Comptez 80 litres à 6 L/100 pour un diesel, d’où 1 150 à 1 200 MAD ; la même distance en essence, à 7,5 L/100, demande une centaine de litres et frôle 1 500 MAD.

PosteÀ prévoir
Carburant1 200 – 1 500 MAD
Péagesrien
Une nuit de parking20 – 40 MAD
Le camp, deux nuits pour deux600 – 3 000 MAD
La balade à chameau150 – 300 MAD par personne
Deux nuits sur la route, pour deux400 – 800 MAD

Hors location de voiture, le total tient entre 2 300 et 6 000 MAD. Deux habitudes font baisser la note : remplir son réservoir à Rissani ou à Erfoud, et non à Merzouga, et retirer du liquide dans ces deux mêmes villes, qui sont les dernières de la région à compter plusieurs banques.

Ce qu’il faut avoir sur soi

Des espèces. Aucun terminal à carte n’existe ici : ni au camp, ni au souk, ni dans un atelier de fossiles, ni chez le gardien qui surveille votre voiture. Emportez de quoi tenir : 1 000 à 1 500 MAD, de préférence en coupures de 50 et de 100. Les distributeurs d’Erfoud et de Rissani sont fiables ; ceux de Merzouga sont rares et souvent vides.

Une SIM. Maroc Telecom tient le mieux en zone rurale ; une carte touristique coûte une centaine de dirhams pour 20 Go. La 4G couvre Merzouga et les villages ; elle manque dans l’erg, sur la piste de M’Fis, entre Midelt et Errachidia.

De l’eau. Comptez quatre à cinq litres par tête et par jour entre avril et octobre, à acheter avant d’arriver, à Erfoud ou à Rissani.

Un plan en cas de panne. Merzouga n’a pas de garage ; les ateliers les plus proches sont à Rissani, à 35 km, et à Erfoud, à 60 km, et aucun dépanneur ne monte sur les pistes. Évitez de rouler après la tombée du jour : les ânes et les mobylettes n’ont pas de phare. Ayez sous la main le numéro de votre assistance et le montant de votre franchise.


Une nuit dans les dunes se suffit à elle-même. Tout le reste — Khamlia une fois la nuit tombée, le marché aux bestiaux de Rissani, les ateliers de fossiles, les ruines de Sijilmasa — commence à huit kilomètres du village et s’étend jusqu’à soixante, sans qu’un seul bus ne fasse la route. Pour ces journées-là, il faut des roues : IVVER recense des voitures chez des loueurs professionnels.

Crédits : Jorge Franganillo (CC BY 2.0) pour la photo de tête et pour la vallée du Ziz ; gailhampshire from Cradley, Malvern, U.K (CC BY 2.0) pour le campement. La crête de dune de Mustang Joe et la caravane d’Inbal Malca iaminbaltal sont en CC0 : aucun crédit n’est requis. Le registre complet des crédits, avec le titre de l’œuvre et la page source de chaque image : /blog-media/CREDITS.md.

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